HISTOIRE D'UN THEÂTRE

 

CENT VINGT CINQ ANS ET LA MÊME PASSION

 

Ganz nawa bi d'r Stadt Milhûsa, do legt a Dorf, Dornach genennt..

 

Les vers d'Armand Burgardt rappellent le passé d'indépendance d'une commune qui comptait en 1880 4735 habitants et qui a été rattachée à Mulhouse le 7 juin 1914, il y aura 90 ans au printemps 2004.

L'autre grand anniversaire de l'année 2009 évoque un événement qui s'est déroulé 30 ans auparavant. 1884, création de la section de théâtre du Cercle catholique des jeunes gens de Dornach… Le Tdl - Théâtre du Lerchenberg - est donc plus que centenaire. Il aura 125 ans. Ah ! s'ils pouvaient, tous les centenaires franchir aussi vaillamment le cap de plus d'un siècle d'existence.

 

L'histoire commence en 1882. Cette année-là, des jeunes gens de Dornach au nombre d'une quarantaine, éprouvent plus que jamais le soin de se réunir et de vivre ensemble l'aventure de l'amitié et de la solidarité. Leurs premières rencontres ont lieu à l'école Jean Montavont. Ils organisent des jeux de plein air dans la cour Lorentz, actuellle propriété J. Baumgartner.

En  1882 nait ainsi, officieusement d'abord le Cercle catholique des jeunes gens, dont les statuts sont approuvés officiellement le 22 décembre 1883. La même année, nait la section de musique, la section de théâtre et de chant est créée l'année d'après en 1884.

Au début l'activité de la jeune section est très directement liée à l'évolution du cercle et vice-versa.  Le premier local de réunion est un ancien bâtiment industriel du quartier de la Mer rouge. Il faut l'aménager. C'est fait en quinze jours. En 1885 une occasion se présente qui va marquer profondément le développement de toutes les sections du cercle catholique des jeunes gens. C'est l'achat du terrain où va être construit le nouveau bâtiment du Lerchenberg. Celui-ci comprend "une salle permettant la tenue de concerts et de représentations théâtrales, ainsi que d'autres locaux dont un  logement de concierge"

Tout va pour le mieux et le cercle se développe bien, très bien, et on décide même d'agrandir. 1909 les diverses sections obtiennent leur autonomie financière et administrative

. Ainsi de suite. A ce moment-là, écrit Antoine Herbrecht, " le Lerchenberg atteint une apogée".

Malheureusement le 25 février 1913, un incendie vient tragiquement, tout remettre en question. Le bâtiment est entièrement détruit. Il faut reconstruire. Les Dornachois n'hésitent pas un instant. Le 1er juin 1913, ils posent la première pierre du nouvel édifice. Le 24 août, ça y est, le foyer peut être inauguré.

De 1913  à 1939, c'est une période heureuse qui commence. En 1913 un an avant que n'éclate la première guerre mondiale, le cercle compte 230 membres actifs, et la troupe de théâtre en a 40. Elle est de toutes les fêtes champêtres au Lerchenberg, de toutes les fêtes alsaciennes, fameuses à cette époque. Mais surtout elle développe sans cesse sa notoriété auprès des amateurs de théâtre, par les représentations qu'elle donne en octobre, novembre, à Noël, à Carnaval et même après Pâques. Elle joue Guillaume tell, Faust, elle se distingue par un répertoire à la hauteur de ses ambitions d'éducation et de divertissement.

Mais la guerre survient. En 1918, le redémarrage est lent. C'est à ce moment-là que les sections de chant et des travailleurs sont rattachées à la section de théâtre, selon les termes d'une fusion qui va durer jusque' en 1958/59.. Puis toute la troupe renoue avec son enthousiasme d'avant et bien sûr avec le succès. L'entre-deux guerres de 1918 à1939, rapporte la chronique est l'époque où les acteurs donnent le meilleur d'eux-mêmes et où les plus grands auteurs alsaciens confient au Théâtre du Lerchenberg la création de leurs œuvres. Le TDL joue de tout et avec aisance rare, il monte des drames historiques, des farces, des comédies, des opérettes etc.… C'est dans cette période que se situe l'anecdote de la pièce " der Raub der Sabinerinen" jugée trop osée par certains … mais jouée sans le moindre problème et avec beaucoup de succès en 1948 et 1949.

Cette anecdote nous permet de sauter la période difficile de la seconde guerre mondiale, où les acteurs ont néanmoins continuer de se rencontrer en cachette.

Le TdL n'a pas de mal à remettre son dynamisme sur rails. Il va même plus loin. E 1948 pendant l'été avec le soutien de toutes les sections du Lerchenberg, le TdL donne sa première représentation théâtrale en plein air, dans les jardins du cercle. Ce spectacle présenté dans le cadre des fêtes du tricentenaire du rattachement de l'Alsace à la France (1648-1948) remporte un énorme succès. La pièce est " Peter vu Hagàbach"de Lina Ritter adapté par Joseph Graff. La mise en scène est grandiose, une centaine d'acteurs sont mobilisés.

Ca y est : la tradition des "Freiliàcht au Lerchenberg" est lancée. Inaugurée avec brio par ce "Peter"  de Hagenbach, soutenu par le jeu des orgues et la sonnerie des cloches de l'église St Barthélémy. La série se poursuit en 1949 avec "Wer wird Maire" d'Emile Weber, "S'Morgerot" de Victor Schmidt en 1950, "Drei Tanne"  en 1952, "Im wissa Ressla" en 1954.

Cette année là le TdL adhère à l'OMAP " Office municipal des arts populaires"

"Alles fir d'Katz " est présenté en 1964 et "Im gultige Güggel" en 1974. Notez le rythme, il est au départ d'une pièce en plein air tous les deux ans, puis l'écart se creuse et est porté à dix ans. C'est que de telles représentations nécessitent un travail de préparation considérable.

" D'r Hahne tropft"

Curieux nom pour une revue carnavalesque, mais il est né en 1967 lors de la toute première revue, sur scène où l'on perçait un tonneau de bière. Le nom est resté et depuis chaque année à l'exception de la période de 1977 à 1981, les éditions célèbres du "hahne tropft" font rire les fidèles du Tdl. Ce robinet a goutté déjà partout " au Texas, sur la lune, au pensionnat, à l'hôtel Düwaschlag, ufm Decktkanal, bi da Gendarma, etc etc…. Résultat d'un travail collectif au départ, et dont les sketchs des dernières années ont été écrits par des auteurs maison.

Pièces contemporaines

Le TdL, s'est également lancé dans les  dernières années dans des pièces contemporaines traduites  et adaptées en alsacien, telles que du Feydeau ( La puce à l'oreille) qui est devenue " D'r Minet Galant", ou du Camoletti avec "La bonne adresse" "A Güeta Adress".

 

L'école de dialecte  du Théâtre du Lerchenberg.

Depuis fin 1996, la présidente du TDL, s'est lancée dans une nouvelle aventure, en créant l'école de dialecte du TdL. Ces jeunes de 6 ans à 18 ans se réunissent les mercredi  et les samedi après-midi, pour apprendre l'alsacien par une manière ludique et un atelier théâtral.

Actuellement ils sont au nombre d'une vingtaine de jeunes dont certains sont présent depuis l'origine de cette école de dialecte.

 

 

Mais le TDL n'a pas été à l'abri de problèmes internes et de dissensions, où des équipes dirigeantes ont œuvré et aussi changé.

Nombreux sont ceux et celles qui de leurs mains et avec leur cœur ont pris la suite de l'Abbé Belzung qui fut à l'origine de l'histoire du Théâtre du Lerchenberg.

Depuis 125 ans donner le meilleur de soi-même et divertir le public est resté la devise du TDL.